Dans de nombreuses régions du monde, les communautés autochtones et d’ascendance africaine souffrent depuis longtemps de privations, d’exclusion, de pauvreté, de dépossessions et de déplacements. Elles ont souvent dû se battre pour défendre leur droit de vivre sur leurs terres ancestrales, et leur droit de donner ou non leur consentement libre, préalable et éclairé est souvent négligé. Elles subissent des pressions et des attaques lorsqu’elles se dressent contre des intérêts puissants, en particulier contre des entreprises qui empiètent sur leur territoire et sur leurs droits. Les membres de ces communautés prennent des risques énormes lorsqu’ils revendiquent leurs droits et deviennent des militants. D’après Global Witness, 40 % des défenseurs des droits humains travaillant sur des questions liées à la terre, au territoire ou à l'environnement qui ont été tués en 2016 appartenaient à des peuples autochtones. Le déplacement forcé et la spoliation des terres, souvent par la violence et l’intimidation, sont caractéristiques du conflit armé interne en Colombie ; ils visent avant tout les peuples autochtones, les communautés paysannes et celles d’ascendance africaine. Pour ces groupes dont l’identité et les moyens de subsistance sont intimement liés aux terres sur lesquelles ils habitent et travaillent, le traumatisme du déplacement est profond et la lutte des militants et des communautés qui demandent le respect et la protection de leurs droits, y compris la délimitation et la restitution de leurs terres, a été jalonnée de violences. En avril 2017, Gerson Acosta, chef autochtone dans le département du Cauca, a reçu plusieurs balles à la sortie d’une réunion de sa communauté. Gerson Acosta bénéficiait de mesures de protection fournies par l'Unité nationale de protection (Unidad Nacional de Protección) en raison des menaces qu'il avait reçues et qui étaient liées à ses activités de défenseur des droits humains. En plus de représenter son peuple et de défendre le droit à vivre sur ses terres, Gerson Acosta assistait les proches des victimes d’une attaque subie en 2001 par sa communauté, connue comme le massacre de Naya.